Grande Roche Saint Michel - 9 juillet
Dans les dédalles de la face Est.
Enfin nous y sommes. Ça fait déjà bien longtemps que je lorgne ces passages
depuis la vallée. Une multitude de vires et couloirs parcourent la face. Le défi et de les relier les uns aux autres et ainsi sortir sur la crête sommitale de la Grande Roche Saint Michel. Je sais que ça passe. Enfin que ça passait car juste au dessus de la vire médiane, au
pied du couloir de départ il y a eu un éboulement qui a considérablement modifier le passage. Il faut donc trouver une solution pour l'éviter.
Le matin est
le meilleur moment pour observer la face depuis la vallée. Le col de Comboire est l'endroit idéal. Combien de fois m'y suis-je posté le matin avant
d'aller au travail ? J’imaginais l'itinéraire et le soir en rentrant le dessinais sur une photo. En fait toutes ces vires sont parcourues de longue date. Dans les années 60 elles servaient
d'itinéraire de descente aux grimpeurs venant de gravir les voies Nominé. Peu à peu avec la désertification de ce secteur au profit des falaises de Presles elles sont tombées dans l'oubli.
Récemment quelques randonneurs explorateurs ont redécouvert ces passages montrant ainsi le cheminement.
Vue d"emsemble de l'itinéraire.
Cet après midi avec Nico on remonte en direction de la vire inférieure. J’ai en
mémoire les passages d’une précédant sortie ici que j’avais fait il y a quelques temps. Le souci dans ce dédalle de vires est de trouver la bonne. Pas toujours évidant car à ce niveau il y a
encore beaucoup de végétation. Au fil de notre progression, je reconnais les lieux. Ne pas trop monter et surtout ouvrir tout grand ses yeux. Suivre les traces d’animaux, les chamois ont crée
toute une série de sentes qui facilitent grandement le passage tout en indiquant la bonne direction.
Sur la vire à Denis.
Après une grande traversée vers le sud on arrive dans le Grand Couloir. On commence à voir un peu plus clair, la forêt disparait
et la vue se dégage vers le haut. Au dessus de nous se trouve l’Eperon central qui marque le début des difficultés. Cet éperon marque même le point
haut de la vire supérieure. L’endroit est fabuleux : En amont la barrière Est de la Grande Roche Saint Michel nous domine de près de 300 mètres alors que vers l’aval la vallée est située 1200 mètres plus bas.
C’est ici que commence véritablement l’aventure. Il faut remonter une zone de rochers très raides sur une petite centaine de mètres. Ce n’est pas encore de l’escalade mais déjà plus de la randonnée. Il n’y a pas de difficultés techniques en revanche l’exposition est très importante. Toute chute ici est interdite. Après ce passage on arrive sur une petite vire qui coupe la paroi sur presque toute sa largeur : C’est la Vire à Denis comme l’a nommée un ‘’découvreurs’’ du coin. Le passage est certes étroit mais bien confortable. Les chamois circulent ici et leur présence se fait sentir. L’endroit est parfois bien gazeux. Une fois la vire traversée on arrive sur le fil d’un pilier. Une légère descente donne accès sous un large porche. Les pentes suivantes sont une succession de couloirs vires et barres rocheuses. Une petite erreur d’itinéraire nous conduit un peu haut dans la face tout près de la crête sommitale. Tout près, oui mais les quelques mètres qui nous en séparent sont infranchissable pour nous. On tente une traversée descendante bien scabreuse. Un peu trop expo à notre goût. Finalement après avoir fait demi-tour sur une centaine de mètres nous trouvons un nouveau cheminement qui nous conduit tout près du sommet. Je reconnais bien l’endroit. Ce couloir je l’ai maintes fois repéré depuis le haut des falaises. Une corde pendouille même dans les derniers mètres. La jonction est ainsi faite.
Sous le grand porche.
Que dire de plus. Je rêvais de cet itinéraire depuis des années. Tous les jours depuis la maison j’ai les falaises sous les yeux. Tous les jours j’imagine un itinéraire. Aujourd’hui avec Nico on
en a trouvé la clé. Le cheminement vu depuis la vallée semble insensé. Pourtant dès qu’on se rapproche un peu des falaises les perspectives sont tout autres. On devine une vire ici, un passage
par là. Ce qui paraît être qu’une face depuis le bas est en fait une falaise bien plus complexe.
Nico au sommet.
Recommandations : J’ai un peu hésité avant de mettre
cet article en ligne conscient qu’il participerait un peu à la fréquentation des lieux. Comme on peut déjà trouver quelques infos sur le net je me suis décidé à le publier. L’itinéraire n’est pas
facile à trouver et la progression se fait toujours hors sentier. Comme je l’ai dit plus haut ce n’est pas encore de l’escalade mais plusieurs passages nécessitent l’usage des mains et pas
seulement pour l’équilibre. Faire demi-tour peut être délicat une fois engagé sur l’itinéraire. Pour celles et ceux qui viendront découvrir ces passages je ne saurai que trop leur conseiller
de prendre un peu de matériel. Même si nous ne nous en sommes pas servis baudrier, corde et un peu de quincaillerie semblent être le minimum. Tous les passages sont en effets assez exposés. Le
casque est lui aussi indispensable, les chamois maîtres des lieux font partir une multitude de pavasses. Méfiance aussi après une période de pluie, le terrain peut vite devenir
glissant.